L'article spécial symphonies est de retour, toujours là pour tenter de vous faire voir la musique différemment.
D'aucun ne pourrait nier que Jerry Goldsmith, l'un des plus grands compositeurs américains, à des doigts en or. A sa mort en 2004, ils ont été nombreux à rendre hommage à son sens de la mélodie. Aujourd'hui, je voulais revenir sur l'univers si particulier du compositeur de "Basic Instinct" en vous dévoilant 5 thèmes que j'apprécie tout particulièrement.
Le but : vous les faire découvrir ou redécouvrir, et les interpréter, par une petite mise en scène. Voici ce que je vois en écoutant ces musiques. A vous de voir si vous voyez la même chose... ou non !
Magnifiquement mystique
4) Legend (1985)
Dès que j’ai fait le premier pas dans cette immense forêt, dès que j’ai vu les cimes de ces arbres centenaires atteindre le ciel, j’ai su qu’elle cachait d’immenses secrets. Tout est sombre ici. Lorsqu’on arrive à l’orée de ce bois, c’est pour le découvrir caché par les ténèbres d’un ciel sombre et lunatique. La nuit s’est répandue aussi vite qu’une maladie, et j’ai peur de ne jamais trouver la sortie. Tout à l’heure, j’ai cru apercevoir une créature étrange. Elle se déplaçait entre les ombres, parmi la végétation touffue. Je n’ai pu voir que sa forme, mais elle était de petite taille. Elle se déplaçait très vite. J’ai cru l’entendre murmurer, et je savais que quelque chose bougeait autour de moi. Cette forêt est étrange. Elle est pleine de souvenirs. Parfois joyeux, souvent dangereux, que les lieux veulent garder enfouis. Quelquefois, au détour d’un sentier gardé par toutes sortes d’animaux, j’aperçois une lumière aveuglante. Elle est toujours devant moi, et je crois qu’au bout des nombreuses heures de mon voyage, c’est sa lumière mystique qui me fait avancer. Le sol est dur et froid. Je ne peux pas m’arrêter pour la nuit, je dois trouver une sortie. On m’avait prévenu. Le garde forestier m’avait dit que cet endroit était sans fin, que ses rangées d’arbres désordonnées formaient des couloirs sans fin. Comme pour répondre avec dédain à un esprit torturé. Au fur et à mesure que je m’y enfonce, j’y aperçois un univers différent des grandes lumières de la ville. Tout est en suspension, tordu, étrange. Comme un univers fantasmagorique sorti tout droit de l’esprit démesuré d’un architecte fou.
La végétation luxuriante semble me regarder de toute ma hauteur. Leurs bruits furtifs semblent vouloir me faire comprendre que je ne suis pas le bienvenu. La nuit avance toujours plus, les odeurs de la rosée du matin semblent encore loin. L’heure fatidique est venue. Tout s’éclaire. Les plantes octroient à la forêt sombre d’immenses rayons de lumières. Leur halo bleu, violet, rouge, est tout sauf ordinaire. Je peux apercevoir de minuscules ailes voler autour de moi. Le monde de la nuit s’est réveillé. Les fées sont craintives, mais je peux tout de même les entrevoir. Un sombre dessein semble à l’œuvre par ici. Des créatures inconnues sortent de leur sommeil. La lune grossit. Elle est sans doute leur mère. Son pouvoir sort tout droit d’un songe. J’accélère le pas. Toute cette vie, tous ces bruissements commencent à m’effrayer.
J’entends un grognement soudain. Quelque chose d’énorme est en train de me chasser. Je ne sais pas si je vais rentrer de cette expédition. Car ce lieu possède une âme. Une âme qui garde jalousement ses secrets depuis des millénaires. Sortirais-je un jour de la forêt de Brocéliande ?
Génialement diabolique
3) Gremlins (1984)
Un enfant dort dans son lit, bien au chaud depuis plusieurs heures déjà. Il attendait avec impatience que la nuit tombe. Sa mère l'a embrassé, l'histoire qu'elle lui a raconté, il la connaissait déjà par coeur. Depuis quelques nuits, sans qu'il puisse se l'expliquer, ses rêves dorés se transforment en cauchemars. Et dieu sait combien les cauchemars des enfants peuvent être cruels. C'est que, à l'instant même ou ses yeux se ferme, une étrange machinerie est à l'oeuvre.
La gigantesque batterie du sommeil fait tourner ses grand aiguillages. La fabrique à rêves est à l'arrêt en ce moment même. C'est l'heure pour les créatures du mal de pointer. De minuscules diablotins, rouges et malins, hurlant telles des furies, se placent tous à leur poste de commande. C'est l'heure de déverser un peu de noirceur dans ce monde trop innocent. Ils rient aux éclats lorsque un gigantesque clown sort de sa boîte. Les milliers d'éclats de rire se perdent dans le néant de la nuit.
La vapeur sort de ces machines de l'enfer. Ils doivent faire prendre conscience à l'enfant que la réalité n'est pas aussi rose que les songes. Il ne doit pas être perdu, lorsque le jour vient, dans ce grand monde foisonnant. Alors les diablotins prennent leur travail à coeur. Les entendez vous chanter, lorsque la nuit vient ? Ils sont partout, et nulle part à la fois. Ils se glissent dans votre subconscient pour se nourrir de vos souvenirs. Alors n'éteignez pas les lumières, ne fermez pas les portes de votre placard. Ne condamnez pas vos dessous de lit ou votre grenier. Il se pourrait bien que les ouvriers du cauchemar se retrouvent bientôt entre vos murs...
Fabuleusement lyrique
2) Rudy (1993)
A chaque fois que je remets les pieds à Grave Falls, que je franchis la porte de cette vieille maison, que je sens les odeurs de la campagne et des bourgeons en fleur, je remets les pieds dans mon enfance. Je revois mon père, travaillant dur pour retourner la terre. Je revois les gigantesques fêtes, ou les lampions brillaient de milles feux, et ou l'on dansait épaule contre épaule, sans se soucier du lendemain. Les forains venaient, tous les étés, nous présenter leurs dernières curiosités, et nous jouyions ensembles dans le grand champ attenant au jardin. Le goût de la limonade fraîche, que nous buvions après nous êtres disputés pour une balle ronde, jusqu'a ce que nos genoux saignent.
Les soirées, assis sur la murette, dans les hauteurs du quartier, à rêver de l'endroit ou nous pourrions être dans 10 ans. J'ai grandi. Mais les songes et les souvenirs n'ont jamais vraiment disparus. Lorsque je remets les pieds dans ce quartier, je revois encore quelques ombres qui traînent, qui ne veulent jamais vraiment partir. Les couchers de soleil sur la butte n'ont pas changé. Et notre arbre favori a toujours les branches solides. Aujourd'hui, je voulais te le montrer. Je voulais que tu vois de tes propres yeux l'endroit ou ton père a grandi. Tu as seulement une semaine, mais je sais que, comme moi, tu dois trouver ça merveilleux.
Et quelle meilleure manière de t'accueuillir en ce monde que de te montrer celui qui a été le mien durant toutes ces années ? Bienvenue, ma fille. J'espères que tu grandiras en te forgeant de nouveaux souvenirs. J'ai hâte que tu me les racontes.
Incroyablement troublant
1) Basic Instinct (1992)
Zack Winter se leva de son siège confortable, reposant le verre de whisky à côté du manuscrit. Il prit ses clefs dans un des tiroirs droits, mit son manteau qui était resté accroché derrière la porte, mais ne put chasser sa moue, dégoûté d’être dérangé dans ses méditations par un pauvre bougre qui allait certainement clamer son innocence, comme les trois quarts des types enfermés ici. Bob était là, dans le long corridor, devant la porte du bureau des gardes. Il attendait qu’on veuille bien venir à lui. Zack détestait ces types, ils ne lui inspiraient que de l’ennui. Un ennui qu’il matérialisa en refermant lentement et à double tour sa porte. Il avança dans ce couloir sombre, seulement éclairé par la lumière du jour qui dépassait des fenêtres cachées.
- Bonjour, boss. Désolé de vous déranger. C’est Harper. Il a des revendications, et il ne veut parler qu’a vous.
- Vous auriez du tenter de le raisonner, je ne suis pas un émissaire ni un pigeon voyageur.
- Nous avons tenté de le calmer, bien sûr. Peter est en bas, dans la fosse. Il nous attend.
Il se demandait toujours ce qu’il y avait dans ce bouquin. Et surtout qui lui avait envoyé, et pourquoi à lui ? Avait-il un rapport de près ou de loin avec cette histoire ? Il n’en avait pas le souvenir, mais tout ce qu’il voulait à présent, c’était en connaître la suite. L’ascenseur fut étrangement silencieux, il n’osa pas demander au garde s’il savait quelque chose sur cet appel soudain. Il savait, malgré lui, que non. Une fois la porte en métal de l’étage 2 ouverte, Peter le mena dans le long couloir des cellules du quartier protégé. Il entendit les cris, les railleries des détenus lorsqu’ils virent que le « patron » était de sortie. Une folie étrange et sale régnait ici, et l’air avait une odeur de sperme et de vieille merde. Il ne porta guère d’attention aux appels, aux insultes et aux menaces. Une horreur qui était devenue une triste habitude. La cellule d’Harper était tout au fond du couloir. Il vit tout de suite l’obsession de ce dernier : la cellule était beaucoup plus propre que les autres. Les draps étaient propres et pliés au fond du lit. Les toilettes étaient bien tenus, et la table qui lui servait à la fois de cuisine et de salon était remplie de feuilles, certaines blanches, d’autres remplies de notes, toutes rangées en deux piles bien distinctes dont aucun coin ne dépassaient. Harper se tenait là, sur sa chaise, faisant face aux trois hommes. Sa tenue était fraichement repassée, et sa coiffure était soignée. Il avait de longs cheveux gris qui partaient en arrière. Une peau quasi synthétique : aucune pore, aucun point noir, aucun signe d’une expérience criminelle ou d’une vieillesse quelconque. Zack put observer ses longues mains qui reflétaient une intelligence certaine, mais aussi une émotion à fleur de peau. On aurait su dire si cet individu était ou non un saint, sans connaître la gravité et la lourdeur de son casier judiciaire.
Bien le bonjour, Monseigneur Winter. Il fait un temps de chien, aujourd’hui, n’est ce pas ? Le ciel est plus sombre que d’habitude.
Je n’ai pas le temps pour vos fantaisies, Harper. Que me voulez vous donc ?
Chaque chose en son temps, ne soyez pas trop pressé. C’est toujours votre problème, vous, les types de l’administration. Totalement incapables de lever votre gros cul de votre putain de chaise de bureau.
Je vous interdit de me parler sur ce ton. Vous êtes sous ma direction, cet établissement m’appartient, et je ne tolérerais plus aucun écart, même de la part d’une plaie purulente telle que vous.
Ce n’est pas très gentil. Si vous voulez que je sois plus courtois, veuillez virer vos deux chiens de gardes, nous devons parler seul à seul.
Ils ne partiront pas. Soit vous crachez le morceau maintenant, sois je m’en vais et je vous colle au mitard pour m’avoir dérangé pour rien.
C’est dommage. Je crois que votre femme n’est pas allée à son travail ce matin. Ce qui est très bizarre, compte-tenu de sa ponctualité traditionnelle.
Que vient faire ma femme ici, Harper ?
Pas grand chose, mais elle pourrait découvrir ce que vous, vous faites. Votre secrétaire ne serait pas très contente que vos assauts violents sur son cul soient divulgués au grand jour, n’est ce pas ?
Je vous interdis vos insinuations infondées et dégueulasses, vous m’entendez ? Peter, collez le dans la cellule noire pendant une semaine. Qu’il voie ce qu’il en coûte de faire preuve d’insolence quand on a un dossier long comme un bras.
Vous souhaiteriez vraiment faire ça ? Et ignorer ce que je sais sur ce qu’on vous a envoyé la semaine dernière ? Ce manuscrit que vous gardez jalousement dans un tiroir de votre bureau.
Comment cette merde est-elle au courant ? Vous avez craché le morceau ?
L’agent Jones ne sait rien, Zack. Il n’y a que vous et moi qui sommes au courant de vos petits secrets.
Abrégez. Que pouvez vous me dire dessus ?
Je sais qui l’a écrit. Je sais qui l’a envoyé.
Comment pouvez vous être au courant de ça ?
Je ne vous le dirai que si j’ai une contrepartie.
Que voulez vous ?
Une visite conjugale par semaine. Je pense que c’est un prix assez juste pour ce que je vais vous dire.
Vous voulez vous envoyer en l’air après m’avoir dit l’auteur d’un manuscrit dont je ne sais rien ? Vous devez vous foutre de moi.
Croyez moi, ça vaut bien l’information.
Je ne vous promets rien. Tout dépendra si vous dites ou non la vérité. Et ce sera une visite par mois, uniquement.
2.
Ne tentez pas de négocier. Ce sera une ou le mitard, ou vous aurez tout le temps de ruminer sur votre soi disant secret.
Cette info en vaut au moins 2. Je préfère passer ma putain de vie au mitard plutôt que de céder à ça.
Crachez.
Donnez moi des garanties.
Vous n’êtes pas en position de négocier. Vite.
Désolé, patron. Si je n’ai pas de garanties, je crains de ne pas pouvoir faire grand chose pour vous.
Vous me répugnez. Je ne sais même pas pourquoi je vous écoute.
Ce n’est pas quelqu’un de chez vous.
Ca me fait une belle jambe.
Nous avons été amis.
Le regard de Zack s’illumina soudain. Un sourire dominait maintenant son visage.
Quelle sorte d’amis ?
Des amis très proches. Apparemment, vous n’avez pas encore assez avancé dans le récit. Je vous laisse le découvrir. Lorsque vous saurez quelles questions me poser, j’aurais les réponses.
Je vous jure que si vous me racontez des bobards, vous allez payer le triple de ce que je vous réservais au départ. Peter, 5 jours au mitard. Aucune négociation, cette fois ci, c’est un ordre de votre supérieur.
Allez-y, punissez moi, j’ai l’habitude des châtiments difficiles. Mais je suis sûr que vous reviendrez vers moi, et ce plus tôt que vous ne le croyez.
Voilà, j'espères que vous avez apprecié ce petit voyage musical. La prochaine chronique "Symphonie" sera consacrée à 5 thèmes emblématiques de l'horreur (qui ne sont pas forcément ceux que vous croyez)... Alors préparez vos nerfs, parce que ça va saigner !

