Nouveau On The Road aujourd'hui, l'exercice continue, le principe reste le même. Une playlist, deux texte pour deux visions d'une même chanson. Cette semaine, la star est sans aucun doute Edward Sharpe and the Magnetic Zeros avec leur magnifique morceau, "Home" (que vous avez peut être déjà entendu dans une pub -je coupe court à tous les commentaires genre "ah c'est la pub pour la voiture là !- mais qu'on ne se lasse pas d'écouter. La voici d'ailleurs en intégralité. En avant pour la ballade !
Coming Home.
Je vois la lumière du foyer, la chaleur de ceux qui y ont toujours vécu, alors que toutes les lumières autour de moi semblent plus vives que jamais. Je vois les oiseaux voler et se poser sur les lignes à haute tension. Je vois ce grand jardin fraîchement tondu, et cette balançoire qui ne servira plus que dans quelques années, lorsque j'aurais l'âge, moi aussi, d'avoir envie que mon existence se prolonge à travers les yeux d'un petit être que je rêve déjà de bercer. les cordes pendent à cet arbre centenaire, et alors que le crépuscule s'empare de l'horizon, je vois pointer en moi l'envie de pousser la porte qui m'a vu naître, et d'enfin pouvoir dire que je suis rentré à la maison.
Des semaines, des mois à lutter arme au poing contre un ennemi invisible et retors, mais surtout contre soi même. Se dépasser, survivre plus que tout au monde. Dans la boue, dans le froid, alors que votre horizon ne s'étend plus qu'aux ténèbres et à la face écarlate du monde qui rapetisse jour après jour. Les soirs de déprime, ou l'on repense au pays. Et cette attente, interminable, caché dans les reliefs d'une nature anéantie. Je t'ai écrit une lettre, des dizaines sans doute. Sans aucune certitude que tu les recevrais un jour. Chaque nuit, je priais pour que lorsque je pénètrerais dans le porche, mes affaires sur le dos, il y ait encore de la place pour moi. Que ma veste n'ait pas été remplacée par celle d'un autre homme, moins absent, plus attentionné.
On nous a dit que cette guerre était longue, je l'ai trouvée interminable. Chacun son fardeau, mais celui de ces hommes était plus grand que tout. Je voyais dans leurs yeux le désespoir d'un jour pouvoir dire qu'ils ont gagné la bataille. Nous étions nombreux à nous épauler dans ce combat. Il y avait Charlie, l'ainé de nous tous. Il en avait déjà vu d'autres, il avait servi pendant la seconde. 2 enfants, une femme et quelques aventures sans lendemain l'attendaient, lui aussi, depuis bientôt 2 ans. Mais par son enthousiasme, il motivait les troupes. Moi, je n'étais qu'une bidasse de 21 ans qui ne connaissait rien aux armes et à l'autorité et qui tentait tant bien que mal de s'en sortir.
Mais cette nuit, c'est différent. Cette nuit, je marche d'un pas décidé, ce n'est pas ma tête qui agit, juste mes jambes qui me guident dans ce dédale de chemins de traverses que je connais par coeur pour y avoir passé une enfance à l'abri de tout besoin. Cette nuit, je raccroche mon uniforme, je nettoie la terre et le temps de mon visage et de mon esprit tourmenté. Cette nuit, les cauchemards deviennent des rêves.
Car cette nuit, ma belle, je rentre à la maison. Et elle pourrait être n'importe où, tant qu'elle est avec toi.
Retour.
La page est blanche devant moi. Je suis dans le plus vieux bus du monde sur la plus vieille route du monde. Mon carnet en cuir est ouvert sur mes genoux j'ai le stylo dans la main mais rien ne vient. Pourtant, il y a tellement de personnalités autour de moi que n'importe quel auteur serait inspiré. Le paysage défile sous mes yeux et pourtant c'est comme si je ne le voyais pas. Ma tête est vide, vide de tout sentiment. Il ne me reste que l'espoir d'arriver à destination.
Tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai pris avec moi, tout ce que j'ai laissé là-bas, ailleurs, tout ça est perdu à jamais. Je suis un être parmi des millions de personnes, mais en même temps je suis seule. Je ne sais pas comment j'en suis arrivée là. J'étais partie la tête pleine de rêves, je reviens le coeur plein de blessures.
J'ai peur de revenir, mais je sais que j'irai mieux après quelques temps.
Fuir n'est pas la solution à tout, fuir n'a pas marché pour moi. On m'a souvent demandé ce que je faisais là, j'ai répondu à tous que j'étais en fuite. Ils m'ont demandé : " en fuite de quoi ? ", je n'ai su que dire, je me suis tue.
Je suis jeune, ils m'appelaient tous la gosse, comme si ils étaient bien plus vieux que moi. Leurs visages étaient souvent creusés, de fatigue, ou à cause de la drogue et de l'alcool. Là-bas, personne ne se soucie de personne même si tout le monde se connaît. C'est chacun pour soi mais en famille. Au fond, on croit avoir des amis, mais on s'aperçoit vite qu'ils seraient prêt à vous trahir pour quelques grammes de coke.
Elle s'était toujours imaginée rentrer, écrire un livre et raconter son incroyable histoire. Mais en fait il n'y avait aucune histoire à raconter exceptée celle de sa fuite qui s'était avérée être un échec.
C'était un retour en arrière, elle rentrait à la maison. Là où il y avait de vraies personnes qui l'aimaient vraiment. Là-bas les gens étaient irréels, ils étaient éphémères. C'était ça, elle avait passé deux ans dans un endroit où rien n'était réel.
Il n'y avait pas de panneau avec marqué "Maison" en direction mais elle savait qu'elle allait bientôt reconnaître le paysage. Les gens eux, allaient-ils se souvenir d'elle ? Allait-elle savoir leur sourire encore ?
Deux ans, deux coups de téléphone, deux ans perdu au milieu d'un monde irréel et rien à écrire.

