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The Wave

La nouvelle vague du webzine musical

La musique vue différemment


La bande à Renaud : Mistral perdant

Publié par Elodie et Roro sur 19 Juin 2014, 22:59pm

En 1977, Renaud déclarait qu'il était "une bande de jeunes". Il ajoutait que grâce à cette schizophrénie nouvelle, "plus de problème de hiérarchie/car c'est toujours moi qui commande".

En 2014, le constat est bien différent. Renaud ne rime plus comme avant. Et ses chansons, instrumentalisées par une nouvelle bande de jeunes souvent de façon médiocre, ne riment plus à rien. Et pourtant, ça marche. "La bande à Renaud", premier album de reprise des chansons de l'artiste, s'est rapidement retrouvé numéro un dans les charts français, avec déjà plus de 50 000 exemplaires vendus.

Parmi les 12 titres, on retrouve Carla Bruni, Jean-Louis Aubert, Nicolas Sirkis ou encore son propre gendre, Renan Luce. Un projet qui aurait reçu l'aval du chanteur, et qu'il aurait même supervisé.

Une grosse machine marketing, qui a démarré avec la publication de cet extrait collégial de "Dès que le vent soufflera", publié en mai dernier.

La bande à Renaud : Mistral perdant

Mais bon dieu qu'est ce que c'est que cette mode de massacrer les chansons des grands chanteurs français juste sous le prétexte bidon de les "moderniser" et de vouloir attirer un jeune public ?

Déjà, on se désolait d'entendre Zaho remixer piètrement "Encore un matin" à coup de bande son électro et dubstep qui ferait passer Nicki Minaj pour une artiste acoustique. Oui parce que non content d'avoir réussi à écouler plus de 700 000 exemplaires de "Génération Goldman", il a fallu aussi que les bonnes reprises deviennent des exceptions.

Pour cette mouture Renaud, même recette. Même principe de groupe et mêmes arrangements hâtifs et surchargés qui sentent plus le désir de faire du chiffre que de rendre un réel hommage à cet artiste qu'ici, nous adorons. Le but de Renaud, dans beaucoup de ses chansons, était de dénoncer, d'être le porte parole d'une jeunesse rebelle. Parfois aussi, il décrivait la vie et ses aléas avec beaucoup de tendresse et de justesse dans ses chansons.

Ici, elles ont perdu toute leur âme et se sont peu à peu transformées en une machine marketing bien huilée mais sans réel parti pris, sans audace musicale.

Carla Bruni qui chante "C'est quand qu'on va ou" avec la voix qu'on lui connaît, Nolwenn chanteuse des régions qui dénature l'un des plus grands chefs d'oeuvres de l'artiste "La ballade Nord-Irlandaise"... Benjamin Biolay sous somnifères qui transforme le fabuleux texte de "Deuxième Génération" en vulgaire fond sonore pour une musique d'ascenseur...

Nicolas Sirkis, chantre du rock français qui bousille celui d'"Hexagone" par des riffs de guitares artificielles et quasiment inaudibles et rend cette complainte rebelle ultra formatée... Si si, écoutez par vous même, vous nous direz ce que vous en retenez.

 

 

Seule (plutôt) bonne élève, Coeur de Pirate réussit à donner un peu de sa sensibilité à "Mistral gagnant" (qui devient quand même un peu mistral gnangan). Mais seulement quelques titres plus loin, on se rend compte de l'immense blague qu'on essaye de nous faire avaler quand on entend Disiz la peste reprendre "Laisse béton" sur un rythme hip-hop absolument infect, qui bousille totalement la mélodie d'origine pourtant efficace.

On n'est pas contre les reprises, bien au contraire. Parfois même, les reprises sont plus célèbres que les chansons originales, et même meilleures. Mais reprendre des artistes aux textes et aux répertoires aussi riches que Goldman ou Renaud pourrait au moins bénéficier d'arrangements et de bandes son à la hauteur de leur talent. On se retrouve ici avec une soupe totalement indigeste qui montre juste ce que les maisons de disques et des artistes en manque de visibilité peuvent apporter de plus commercial qu'un "Il changeait la vie" repris par la troupe des Robins des Bois pour faire parler de la comédie musicale.

Si bien qu'on en arrive même à avoir peur pour la suite. A quand un album des "Pierrots" pour capitaliser sur les succès de Pierre Perret ? A quand "Les mômes" avec Zaz qui reprend du Piaf ? Déterrer les trésors de la chanson française semble nécessaire pourtant, tant les merdes qui inondent les radios semblent lui donner une dimension de reine déchue. Mais entre déterrer et piller, le fossé est grand. Dommage que Renaud, à son tour, en ait été la victime et l'instrument. 

"On va quand même pas pleurer/y'en à des plus paumés", avouait Renaud lorsqu'il avait emmené Willy Brouillard en ballade. Pleurer, non. Mais on a quand même encore le droit de s'indigner. 

 

R.B

 

Une merveille qui a heureusement été épargnée. Espérons qu'il n'y ait pas de volume 2.

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